

Ci-après vous trouverez la transcription des 2 pages de l’acte notarié de 1869 (copie ci-dessus) qui nous rappelle que, pendant de longues années, il était possible de ne pas faire son service militaire à condition de se faire remplacer par quelqu’un, moyennant finances.
La loi Gouvion Saint-Cyr de 1818 a établi le recrutement militaire par engagement et par tirage au sort quand le nombre d’engagés souhaité par les Armées n’était pas suffisant. Différentes dispositions législatives ont modifié et adapté les conditions de remplacement au fil du XIXe siècle pour les malchanceux tirés au sort.
Le plus jeune des arrières petits-enfants de Ronan Mathurin de Keroulas (1730-1810) est Guillaume de Keroulas, né au manoir de Tal-ar-Roz en 1848. Il a donc 21 ans en décembre 1869. Nous sommes sous le Second Empire et le service militaire dure alors 5 années ! Il a sans doute eu la malchance d’être tiré au sort, mais heureusement pour lui, sa famille avait les moyens de le faire remplacer.
Cet acte appelle de notre part quelques observations :
- Keroulas est toujours écrit sans particule. La Révolution, et ses abus envers les aristocrates, n’est pas si loin (80 années) pour que les nobles se montrent discrets quant à l’usage de leurs anciens signes de noblesse.
- Keroulas est orthographié avec un seul L, alors que beaucoup de ses descendants écrivent leur nom avec 2 L et sa propre carte du combattant en 1931 mentionne bien Keroullas avec 2 L.
- Nous avons peine à croire que Guillaume soit le seul à même de signer cet acte. Que la plupart des Bretons de l’époque ne sachent ni lire ni écrire peut expliquer que René Le Joncour ne puisse signer, de même que la très grande majorité des femmes qui étaient illettrées. Mais nous avons peine à croire que François Mathurin de Keroulas, le petit-fils de Ronan Mathurin, ne soit pas capable de signer ! Peut-être voulait-il être discret pour un acte qui constituait aux yeux de beaucoup un passe-droit en faveur des plus nantis.
- Depuis le décret du 20 septembre 1792, la majorité civile est fixée à 21 ans en France. Guillaume Keroulas, né le 14 décembre 1848, est donc bien mineur à la date de cet acte du 10 mai 1869, d’où la présence de ses père et mère.
- Guillaume de Keroulas a bénéficié de la carte de combattant attribuée le 14 décembre 1934 (jour de son 86e anniversaire) pour sa participation à la guerre de 1870. D’après divers témoignages recueillis directement auprès de lui, il aurait combattu en région parisienne dans des conditions effroyables au cours du terrible hiver 1870-1871. Aurait-il pu participer à ce conflit, court mais féroce, sans avoir fait son service militaire ? Ou aurait-il fait son service militaire contrairement aux termes de cet acte notarié de remplacement ? Pour quelles raisons ? Les archives de l’Armée devraient pouvoir nous éclairer à ce sujet.


Devant Me Le Clech, licencié en droit, notaire à Douarnenez, Finistère, et son collègue soussignés,
Ont comparu
François Mathurin Keroulas et Jeanne Cloarec, sa femme, de lui autorisée, et Guillaume Keroulas, leur fils mineur âgé de vingt ans révolus, tous cultivateurs, demeurant ensemble au manoir de Torrenroz en la commune de Ploaré, d’une part,
René Le Joncour, aide cultivateur, demeurant au lieu de Pennayeun, en la commune de Plonéis, d’autre part,
Lesquels après avoir dit que, suivant arrêté de M. le préfet du Finistère en date du vingt-neuf avril dernier, René Le Joncour a été admis par le conseil de révision à remplacer Guillaume Keroulas, dans le service militaire
Ont fait et arrêté ce qui suit :
René Le Joncour en réitérant l’engagement par lui pris, suivant l’arrêté susnommé, s’oblige à remplacer Guillaume Keroulas dans le service militaire pendant tout le temps permis par les lois actuelles ou qui le serait par des lois à intervenir et généralement pendant tout le temps que Guillaume Keroulas serait obligé de servir, à suivre directement au corps qui lui sera désigné et à justifier de sa présence par un certificat en forme aussitôt qu’il aura été incorporé.
Ce remplacement est consenti par René Le Joncour moyennant la somme de seize cents francs à compte de laquelle ce dernier reconnait avoir tant ….. au vu des notaires soussignés, qu’avant ce jour et hors leur présence, reçu celle de cent francs des époux Keroulas, auxquels il en consent quittance, quant aux quinze cents francs restant, François Mathurin Keroulas et femme et Guillaume Keroulas, s’obligent solidairement à les payer à René Le Joncour dans les cinq ans avec les intérêts à raison de quatre pour cent par an , payable annuellement à partie du sept de ce mois.
Telles sont les conventions des parties
Dont acte
…. Passé au bourg du Juch, commune de Ploaré …. L’an mil huit cent soixante-neuf, le dix mai ; lecture faite, Guillaume Keroulas aura signé le présent avec les notaires, les autres comparants ayant déclaré ne pas savoir signé….
Keroulas Guillaume
Prevault Le Clech
Mentions marginales
Page 1 : Acte de remplacement militaire entre Guillaume Keroulas et René Joncour
Page 2 : Enregistré à Douarnenez le vingt mai 1869
Reçu de seize francs, plus deux francs quarante
16 F.
1.60
80
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18.40

Photographie de Guillaume de Keroulas prise dans la cour de sa ferme de Quillianvet (à Gourlizon) dans les années 1930. Il est âgé de près de 85 ans, bien loin de ses 20 ans lors de la signature de l’acte de remplacement militaire !